MARIETTE NAVARRO : UN THÉÂTRE DE LA LISIÈRE
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    François Rancillac, metteur en scène
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    François Rancillac, metteur en scène

    François Rancillac, metteur en scène

du 2 au 27 juillet 2018 au Théâtre de l’Aquarium

Stage de formation continue pour comédiens professionnels

dirigé par François Rancillac,
metteur en scène et directeur du Théâtre de l’Aquarium

assisté de Christine Guênon, comédienne et metteuse en scène


Mariette Navarro : un théâtre de la lisière

 
Avec ses allures d’éternelle jeune fille, Mariette Navarro a déjà ce qu’on appelle une « œuvre » à son actif. Dramaturge (pour Dominique Pitoiset, Mathieu Roy, Caroline Guiela Nguien notamment), lectrice et responsable de collection, poétesse, autrice de théâtre, elle circule souplement d’un « genre » à l’autre, d’un endroit d’écriture à l’autre, se plaisant à brouiller les frontières, à bivouaquer à la lisière : à cultiver l’entre-deux. Ses pièces de théâtre (souvent sans personnages attribués) ont clairement à voir avec la poésie - ne serait-ce que par la « pâte » de l’écriture, et par le souci d’éviter la parole informative, de laisser poindre ce qui bruisse entre les lignes, ce qui échappe aux mots écrits. Et sa poésie donne irrésistiblement envie d’être parlée, d’être incarnée, racontée (ses magnifiques Chemins contraires ont d’ailleurs déjà été adaptés pour la scène). Et c’est bien dans ce « au bord », un pied là et l’autre ailleurs, que Mariette Navarro regarde le monde et ses habitants, et tente de leur donner voix et souffle, avec une délicatesse rare, « l’air de rien ». Modeste mais têtue. Du coup, ses mots « sonnent », et le réel se met à parler comme jamais…
 
Cet « entre-deux » peut être celui de l’adolescence, encore empêtrée dans l’enfance et déjà glissant vers un corps autre, traversé de désirs contradictoires, de petites douleurs inavouables, d’éblouissements soudains (Alors Carcasse). C’est aussi celui de la nouvelle vendeuse formée par deux plus aguerries aux ruses de la vente à domicile des fameux « Tupperware », et qui, par ses questions de béotienne, déstabilise les bases même du commerce, du capitalisme (Prodiges®). C’est celui de ces hordes de gens quittant sans prévenir la Ville pour traverser à pied la grande forêt, en direction d’un village lointain et utopique : délestant peu à peu leurs repères, leurs certitudes, au contact des mousses, des champignons et autres insectes, pour tenter de rêver « là-bas » de nouveaux possibles (Zone à étendre).
 
Avec son écriture apparemment claire et transparente (et en fait tellement exigeante pour l’interprète), Mariette Navarro s’obstine à creuser la question du « en commun », de ce qui fait « collectif » : comment un « nous » peut surgir là où des individualités se cherchent encore, sinon s’affrontent. Théâtre poétique, sans doute ; politique, assurément : ainsi l’immense chœur de Zone à étendre fait évidemment écho aux forêts shakespeariennes, pleines d’elfes et de dérives amoureuses, mais surtout aux ZAD ou autres « Nuits debout », espaces utopiques de résistance à la doxa du moment. Feux de poitrine suggère des préparatifs de fêtes, où chacun doit bien se risquer à sortir de sa coquille pour inventer avec les autres… une autre danse ? Nous, les vagues donne magnifiquement à entendre l’espoir insatiable d’un changement radical de nos vies, de nos amours, de notre société, suivie du reflux de la déception, de l’amertume, du sentiment d’impuissance – n’y aurait-il donc d’autre alternative que l’action violente ? Une île (co-écrite avec Samuel Galley) raconte avec une énergie rafraîchissante l’invention d’une toute nouvelle démocratie sur un îlot de terre épargnée par le terrible déluge qui a noyé le reste de la France : tout alors est à réinventer, de la vie en société à la vie amoureuse - etc etc.
 
Grandes et petites formes, du solo au chœur, du récit au dialogue, du drame à la franche comédie : l’écriture de Mariette Navarro propose aux interprètes un matériau formidable en diversité, en couleurs et en questionnements - à commencer par le salutaire « Mais comment ça se joue, ça ?! ». Le théâtre, espace éphémère d’une (petite) utopie en acte, est évidemment le lieu idéal pour donner corps et voix à cette quête d’autres possibles pour tous et pour chacun.
 
François Rancillac
 
 
 
Déroulé pédagogique du stage
 
Première semaine : Lecture et travail à la table de trois ou quatre pièces représentatives du théâtre de Mariette Navarro (Alors Carcasse, Nous, les vagues, Feux de poitrine, Zone à étendre) ainsi que ses écrits poétiques (Chemins contraires) et ses quelques textes sur son propre travail d’écriture. Analyse dramaturgique approfondie de ces textes, pour définir les enjeux principaux que pose l’écriture de Mariette Navarro aux interprètes. Rencontre et discussion avec M. Navarro (et, si possible, de quelques metteurs en scène qui connaissent aussi bien son écriture : Etienne Pommeret, Mathieu Roy, Patrice Douchet,…).
 
Deuxième semaine : Chaque journée est divisée en deux : Le matin, travail de scènes choisies par les stagiaires eux-mêmes parmi les textes déjà étudiés (en duos ou petits groupes, éclatés dans les différents espaces qu’offre le Théâtre de l’Aquarium, en plus de la salle dévolue au stage). À partir de leurs propres propositions, F. Rancillac dirigera les comédiens, avec le souci constant d’accompagner au mieux leurs propositions, de les amplifier autant que possible, tout en tenant compte des enjeux et des exigences de l’écriture de M. Navarro.
L’après-midi, F. Rancillac réunira l’ensemble des comédiens pour chercher avec eux comment rendre compte théâtralement du chœur improbable que constitue Zone à étendre.
 
Troisième semaine : Poursuite en matinée du travail de scènes avec les comédiens. Une demie journée sur trois sera également consacrée à la mise en voix improvisée (par petits groupes) d’autres textes de M. Navarro mis de côté la première semaine, afin d’avoir une vision plus générale de l’œuvre de l’autrice, de sa cohérence globale, d’y confronter les points expérimentés jusque-là et, éventuellement, d’y puiser de nouvelles scènes à travailler ensuite avec les stagiaires. En après-midi, poursuite de l’exploration de Zone à étendre, tous les comédiens étant ensemble sous la direction de F. Rancillac.

Quatrième semaine : Suite du travail de scènes et de Zone à étendre.
Dernière journée : « Défilé » de toutes les scènes travaillées durant le mois (en présence de M. Navarro ?), et enchaînement du long extrait de Zone à étendre élaboré ensemble. Retours sur chaque proposition et, enfin, bilan partagé du stage entre F. Rancillac et les comédiens.

François Rancillac,
Metteur en scène
directeur du Théâtre de l’Aquarium

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