Nous sommes metteurs en scène,
inventeurs en signes vivants sur le plateau, « écouteurs » des voix que
les poètes de la scène nous confient, parfois de très loin dans le
temps, parfois de très près aussi - et cela mérite encore plus de
délicatesse. Nous sommes des interprètes, et c’est notre humble fierté
(ou l’inverse). Timoniers sans timon, nous sommes de cordée avec les
acteurs, toujours. Nous les accompagnons comme nous pouvons, comme nous
croyons, à travers les méandres des répétitions, cherchant avec eux que
« quelque chose advienne » sur le plateau, qui nous rendent plus
vivants, découvrant grâce à eux l’inouï (au sens propre du « non-entendu
encore ») dans les petits signes noirs qui s’alignent sur la page.
Premier spectateur aussi, c’est notre responsabilité d’ouvrir le chemin
pour les autres « regardants » à venir. Nous oeuvrons à un théâtre
fouillant l’humaine condition de vivre. Cela nous aide à grandir.
Nous avons chacun 25 ans de travail
derrière nous, nous côtoyant, nous estimant. Nous sommes très différents
en tout, en nos expériences aussi : François a co-dirigé durant presque huit ans une « grosse maison », Antoine
a toujours vécu ses aventures « en compagnie ». Nos pas nous ont
souvent menés à La cartoucherie, et ce nom continue à être pour nous
synonyme d’aventures partagées, de théâtre « fait avec les mains », de
nouvelles relations avec les spectateurs, pour questionner ensemble le
monde qui nous fait, que nous ferions. Nous sommes les nouveaux hôtes de
ce lieu, « Théâtre de l’Aquarium », et nous voulons lui donner encore,
humblement mais avec constance, ces dimensions à réinventer toujours.
Nous travaillerons côte à côte au
quotidien, créant, cherchant, bricolant, dialoguant, partageant cet
espace et nos questions avec d’autres metteurs en scène, d’autres
acteurs, d’autres auteurs. Nous qui aimons apprendre, nous remettrons
cent fois notre métier sur l’établi de la recherche et de la formation
(professionnelle et amateur). Nous qui aimons transmettre, nous nous
obstinerons de concert à défendre sur scène et dans la ville un théâtre
de service public, aussi exigeant que généreux, même si c’est évidemment
plus difficile, même si ce n’est plus très glamour ni très « payant ».
Antoine Caubet, François Rancillac










